





Tout a commencé le jour où mon ami Loïc, compagnon de rame en pirogue, m'apprend qu'il a vu un Hobie Cat 21 à vendre dans les petites annonces de Tahiti. Vous connaissez tous ces petits catamarans aux voiles multicolores qui naviguent gîtés sur une coque et qui finissent souvent le mat en tortue.
Moi même j'ai tiré mes premiers bords sur un Hobie Cat 14 quand j'avais onze ans, avant de passer au 16 pieds quelques années plus tard.
Ce catamaran est vraiment un foudre de guerre et savoir maitriser son importante voilure par fort vent demande beaucoup de finesse à la barre et d'anticipation sur les écoutes. C'est certainement la meilleur école pour qui veut apprendre la voile et comprendre les subtilités du vent.
Quand j'ai entendu Loïc me parler de ce Hobie Cat 21, ce sont non seulement tous mes souvenirs d'enfance qui sont revenus mais aussi ceux de l'été dernier à Formentera où nous avons tiré des bords sur le Hobie 21 de mon ami Fred avec Lino et Rautea (REVOIR ).
Je me renseigne donc et contacte le vendeur. Il s'appelle André, il est très sympathique et m'explique que nous sommes nombreux sur le coup.
Cela se comprend car des Hobie Cat 21 en Polynésie "ça ne court pas les lagons", car les faire venir coûte très cher.
André m'explique que ce cata a disputé "Le Mondiale Cat Challenge " il y a quelques années, il doit s'en séparer car son fils part en France pour ses études. Par chance, André est un bon ami de la famille de Rautea, nous passerons avant les autres..
- "Il est en parfait état Pierre" me dit-il, "il faudra juste changer la grande voile car elle est un peu fatiguée"...
Comme nous sommes nombreux sur le coup, je décide de lui acheter le bateau sans le voir, ou plutôt si ... sur une photo.
Un peu Kamikaze de ma part me direz vous ? Oui, je vous l'accorde... mais comme dit le dicton: " qui ne risque rien ..."
Et puis je me suis renseigné sur André, c'est comme on dit : "un type bien ".
Le Hobie étant entreposé au yacht Club sur l'île de tahiti, il faudra l'envoyer par cargo.
Le jour J, je prends le premier avion du matin pour Tahiti afin de démâter le Hobie et de rencontrer André pour qu'il m'explique quelques finesses sur "cet azur objet du désir ".
Dans l'avion qui s'envole je m'assoupie et je m'imagine déjà assis sur les ailes de ce bateau à tirer des bords dans les eaux turquoises de notre lagon de Huahine.
Aussitôt arrivé, je rencontre André et nous partons en voiture direction le club nautique où nous attend le bateau. En chemin il m'explique qu'il a également deux autres coques de Hobie 21 entreposées dans son jardin. Il les a acquises au cas où il voudrait se monter un autre Hobie dans le futur.
Une fois arrivés au club, je découvre le Hobie. Il est très sale car visiblement inutilisé depuis longtemps.... Son trampoline et ses safrans sont tout de même protégés par des bâches, il me paraît en assez bon état. Et puis peu à peu je découvre quelques points de délamination inquiétants à un endroit structurel (la poutre avant),sur les ponts et sur le flanc d'une coque. Honnêtement, je suis un peu déçu de l'état du bateau mais mon enthousiasme conjugué à la gentillesse d'André (et surtout au fait que j'ai déjà effectué le virement) font que je n'ose trop rien dire.
Nous mettons le cat sur sa remorque après l'avoir démâter et nous filons vers l'embarcadère du TAPORO, le cargo assurant les liaison entre les îles.
Au fond de moi je suis heureux, je me dis que dans 24 heures je tracerai un magnifique sillage dans le lagon de Huahine. Certes, il y aura par la suite un peu de travail de stratification pour lui refaire une santé, mais ça peut attendre. Je rêve un instant en regardant défiler le paysage à travers la fenêtre de la voiture.... Et puis CRRRAAAAACK !!!!
Un terrible bruit de déchirure m'extirpe de mes pensées. André vient de rater un rond point, il s'est payéune barrière pour piétons !
Nous descendons de la voiture et l'air médusé nous constatons les dégâts. Un trou béant d'un mètre cinquante sur la coque tribord, juste au dessus de la ligne de flottaison... Un long silence accompagné d'un grand moment de solitude .... André me dit gentiment: - "ne t'inquiètes pas Pierre, je vais te donner mes deux autres coques, elles sont un peu sales mais en très bon état .. juste besoin d'un petit coup de nettoyage."
Je me contente de cette solution et en regardant un peu plus tard le Hobie s'élever dans le ciel pour être entreposé sur le pont du Taporo par sa grue, je commence à imaginer la suite des évènements et établis un plan de bataille: - "Bon, je récupère le Hobie cette nuit à 2 heures du matin à Huahine, et je le remorque jusqu'à Nusa Dua pour le mettre à couple pour la nuit. Sa déchirure étant au dessus de la ligne de flottaison, ça ne devrait pas poser de problèmes. Puis le lendemain j'irai le monter sur la plage privée d'une amie en attendant de refaire une beauté aux autres coques sensées arriver 3 jours plus tard."
Jusque là tout va bien ... Oui sauf que lorsque les autres coques arrivent, je constate que ce n'est pas un simple nettoyage dont elles ont besoin, mais d'une véritable remise "en forme".
Et voilà comment ce qui devait être un rêve devient une pénible réalité. Grâce au concours de mon ami Yéyé, réparateur de pirogue à Huahine, et celui de Rautea (et Lino aussi) nous nous lançons pour dix jours de travaux intenses.
Découpage, meulage, stratification, ponçage, lustrage ... et j'en passe. Le tout en jonglant avec la météo et les averses, car tout le monde le sait, il faut un temps sec pour travailler la résine.
Je vous laisse voir les photos, elles parlent d'elles même.:







