"Pierre appelle Daniel, Pierre appelle Daniel, Daniel Tu me reçois ?
Oui Pierre, tu es enregistré, reste en stand by et passe sur 13 965!"
   12 décembre Latitude N 24°2  Longit W 24°54
C'est un peu de cette manière que les journées commencent à bord de Nùsa Dùa ... Daniel est à Paris, nous ne l'avons jamais rencontré et pourtant nous rentrons en communication avec lui chaque jour depuis notre départ. Nous communiquons par radio BLU. C'est une radio très puissante avec laquelle - si la propagation des ondes est bonne - vous pouvez converser avec les quatre coins de la planète.  Alors chaque matin, une cinquantaine de navigateurs qui croisent comme nous sur les océans se mettent en rapport avec lui pour avoir des infos sur la météo, le vent, passer des messages, ou tout simplement pour souhaiter une bonne journée. Chacun attend son tour pour parler, et je dois dire que c'est très réconfortant de parler au quotidien avec quelqu'un sur terre qui semble veiller pour que votre navigation se déroule dans les meilleures conditions...  Par exemple aujourd'hui, Daniel nous a conseillé de descendre vers le 20 ème parallèle nord pour aller attraper les Alizés qui nous emmènerons à destination au vent portant. Je l'imagine bien installé derrière ses émetteurs et ses cartes météos à Paris pendant que nous sommes entrain de glisser sur la grande bleue. Je me dis que c'est un bel échange, car nous devons bien le faire  voyager avec nos différents récits. D'ailleurs quand nous lui avons raconté notre rencontre avec les orques, il nous a appris que leurs attaques étaient très fréquentes et que l'année dernière à la même époque, ces bestioles avaient complètement détruit un catamaran après avoir tapé à plusieurs reprises dans ses coques. Si les animaux ressentent la peur chez l'homme, peut-être Fanny ce jour là avec son inconscience nous a -elle sauvé la mise ...
      Pierre

                           JOURNAL de BORD
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Sous Grand'Voile et Gennaker
Nùsa Dùa à la mi-journée, avec
un vent seulement de 12 knots =
Vitesse du cata 9-10 knots .J-C C
Samedi 13 décembre 2003.
Il est 5 heures du matin, je suis assis derrière ma table à carte, et nous naviguons à la vitesse de 6 nœuds et demi... au moteur...Et oui, il en est ainsi sur la grande bleue;  lorsque lorsque le vent a décidé de tirer sa révérence pour 24 heures, il faut tout simplement s'armer de patience et prier pour qu'il revienne le plus tôt  possible...Si tout va bien il devrait reprendre du service demain en fin de journée et ce, jusqu'à notre destination finale : La Martinique. Au moment où je vous écris, tout le monde dort bien sagement dans sa cabine pendant que je me laisse bercer par le ronron de "RODGEUR", le déssalinisateur. Notre ami tourne depuis bientôt 4 heures en remplissant agréablement nos réservoirs d'eau douce (quand on lui parle gentiment, il peut nous fournir jusqu'à 60 litres par heure).
 Le plus étonnant dans ce voyage, c'est que depuis que nous sommes partis de Santa Cruz de Tenerife il y a maintenant une semaine,  nous n'avons toujours pas croisé un seul bateau... Peut- être sommes nous passés dans une autre dimension et allons nous rencontrer le Capitaine Crochet à la poursuite de Peter Pan sous les étoiles... Si c'est le cas, je les accueille tous à bord avec plaisir, et j'invite même Wendy dans la plus belle des cabines de Nùsa Dùa: celle du capitaine... Croyez moi, c'est vraiment une sensation unique que celle de se sentir seul au monde,  suspendu entre le ciel et la mer... Tandis que les étraves de Nùsa Dùa glissent sur l'eau dans la nuit, je regarde notre sillage s'illuminer de planctons phosphorescents et je pense à ceux que j'aime et qui me manquent, mes amis, ma famille, mes parents  ...  Demain si tout va bien nous retrouverons les alizés tant espérés... Pour l'instant j'attends avec impatience le lever du soleil et je me dis que j'ai de la chance d'être en vie et de voir ainsi le monde défiler à l'état pur...   Pierre
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Tout le monde sur le pont ! On a un problème avec le spi !"
C'est ainsi qu'a débuté cette nouvelle journée du 14 décembre 2003... Je venais juste de laissé mon tour de quart à Rémy... Il était 5h30.
- "Rien a signaler Pierre ?"
- "Tout va bien Rémy, j'ai juste mis un peu de grande voile pour qu'on aille plus vite... Le pilote automatique se charge de tout..."
Je m'allonge dans ma cabine lorsque je sens le bateau partir dans un surf vertigineux... Ca arrive souvent lorsque vous avez la mer qui vous pousse de l'arrière et c'est justement le point fort de Nùsa Dùa. Avec ses 60 centimètres de tirant d'eau, il adore ce genre de glisse.
Seulement voilà, cette fois ci, le pilote automatique a fait des siennes et en  corrigeant trop notre embardée (départ au lofe pour les connaisseurs), ce dernier a déventé le spi dérrière la grande voile. Résultat, Rémy vient aussitôt me voir pour me dire qu'il y a un problème avec le spi... Je sors de ma couchette et fonce sur le pont. Catastrophe ! Le spi s'est enroulé autour de l'étai (le câble avant qui tient le mat) faisant par la même occasion une poche  qui bat  dangereusement pour le gréement.
Alors tout le monde s'est mobilisé. Fanny, Daniel, Rémy et Michele (qui dormait à poings fermés) se sont rués vers le spi pour tenter de lui faire refaire les tours en sens inverse... et à la main ! Ajoutez à ce cocktail 25 nœuds de vent, une mer de l'arrière et la nuit, vous avez une situation digne des grands films à suspens. Déchirera, déchirera pas ? Au bout d'un quart d'heure de bataille, nous sommes arrivés à libérer le spi et l'affaler. Résultat des courses: juste un petit accroc que nous allons nous éfforcer de réparer dans la journée...Nous sommes maintenant sous grande voile et gennaker en ciseaux, et nous surfons à 12 nœuds, aujourd'hui ce sera atelier couture...   Pierre
INFO: HIER samedi 13 déc: environ 900 miles déja parcourus, ils sont rentrés dans la zône des Alizés, ils ont vu un gros requin , il fait bien chaud, les couettes et les vêtements d'hiver on été remballés.     J-C C
INFO: LUNDI 15 déc, par téleph Iridium: Position: 16°34 Nord et 35°49 W
Le spi avait été recousu rapidement et relancé pour poursuivre le galop.Aujourd'hui ça souffle bien, des surfs à 20 knots, des poissons volants sont venus atterrir sur le trampoline pour améliorer l'ordinaire en plus d'un thon de 5 kgs ramené hier   J-C C
Salut à tous, nous sommes le 16 décembre 15°51 N et 38°49 W et nous fonçons sous spi au cap 267, à une vitesse de 12 nœuds vers notre destination !
Les alizés sont bel et bien arrivés et génèrent un vent de nord-est de 20 nœuds établis nous permettant de faire des pointes  au surf à 21, 8 nœuds (cette nuit vers 4h TU).
Autant vous dire que tout le monde est très excité de savoir que les cocotiers se rapprochent à la vitesse grand V ! Nous sommes accompagnés nuits et jours par les poissons volants et il nous arrivent même d'en retrouver le matin sur le trampoline. D'ailleurs lors d'une manœuvre l'un d'entre eux est passé à 50 centimètres derrière la tête de Daniel alors que nous étions tous deux debout sur le pont... Étrange vision que de voir un poisson passer toutes ailes déployées derrière la cabeza de votre ami sans qu'il ne s'en aperçoive ! Sinon pour l'anecdote, Rémy s'est réveillé un peu perturbé ce matin après avoir fait un rêve fort sympathique... Nous avions été, selon lui, pris en otage par des pirates à bord d'une goelette ménée par un équipage de Sexe Féminin ! Fort heureusement, celui-ci a pu vite se rendre maître de la situation en neutralisant à l'aide de son coutelas ces sirènes en furie... On raconte même dans certains milieux autorisés que les photos sont déjà sur le net !  Pierre

PS:Mention spéciale pour le "kouign aman" de Fanny et Daniel
  

  

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